Ben Webster - Ben Webster Plays Duke Ellington

sábado, 30 de diciembre de 2017

El cementerio marino - Paul Valéry - Francia


Le cimetière marin

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencee
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'ame,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de delires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!


El cementerio marino

Ese techo -palomas y caminos-
entre tumbas palpita y entre pinos.
Filo del mediodía, arde la amarga
mar, la mar siempre recién renacida.
¡Premio al pensar: cómo después mi vida
calma en los dioses su mirada larga!

¡Que un tejer de relámpagos consuma
tanto diamante efímero de espuma,
y la paz por ventura comprendemos!
Pues cuando un sol reposa en el abismo,
labores puras de un Principio mismo,
el tiempo brilla y, al soñar, sabemos.

Tesoro estable, templo de Minerva,
sosiego en masa y lúcida reserva,
Agua parpadeante, Ojo que ocultas
bajo la llama tanto sueño y calma,
¡oh mi silencio!... Edificio en el alma,
colmo de oro, techo que sepultas.

Templo del Tiempo en un suspiro, un rapto,
Trepo a ese punto puro y a él me adapto
y en torno esparzo mi mirar marino.
Y a los dioses elevo -ofrenda suma-
tanto imposible hervir de luz y espuma
desparramando un tedio diamantino.

Como la fruta en goce se resuelve
y su ausencia en delicia que no vuelve
en una boca que abolió su esfera,
mi porvenir de humo aspiro en vida
y el cielo canta al alma consumida
cómo en rumor se muda la ribera.

¡Mírame otro, oh bello, oh cierto cielo!
Tras tanto orgullo y tan extraño anhelo
de ociosidad colmada de pujanza,
a este espacio me doy. Mi sombra leve
sobre las casas de los muertos mueve
sus velos y se humilla a su mudanza.

El alma expuesta a antorchas de solsticio,
¡yo te sostengo, riguroso quicio,
ley de la luz en armas, sin piedad!
Pura, te vuelvo hasta tu antigua cumbre.
¡Contémplate!... Mas devolver la lumbre
supone en sombra aciaga otra mitad.

Para mí solo, solo, donde mana
de mi íntima poesía la fontana,
entre el vacío y el suceso puro,
aguardo el eco de mi hondura interna
sombría, amarga y música cisterna,
alma hueca de un son siempre futuro.

¿Sabes, falsa cautiva de esas frondas
o rejas que devoras con tus ondas,
a ojos ciegos secretos esplendentes,
qué cuerpo me empereza hacia esta nada,
a esta tierra de huesos abonada?
Una centella piensa en mis ausentes.

Sacro redil, lleno de un fuego alado,
trozo de tierra a la luz ofrendado,
en él, ¡antorchas!, quiero complacerme.
Árboles, oro, piedra y mármol tanto
temblando sobre tanta sombra y llanto.
La mar -leal- sobre mis tumbas duerme.

¡Ladra tú, perra espléndida, al impío
idólatra! Que yo, pastor, sonrío
y apaciento carneros misteriosos,
blanco rebaño de las tumbas quietas.
Aléjame palomas recoletas,
baldíos sueños, ángeles curiosos.

Y el porvenir es ya pereza. Rasca
la agria chicharra y chasca la ojarasca.
Todo, ardido, deshecho, va a la altura,
por el aire, a no sé qué grave esencia.
Vasta es la vida, en embriaguez de ausencia,
la mente clara y dulce la amargura.

Escondidos aquí en el cementerio
que los calienta y seca su misterio,
los muertos bien están. Y arriba el quieto
Mediodía en sí piensa, a sí se gusta.
Cabeza en paz, diadema que se ajusta,
en ti yo soy el devenir secreto.

¡Me tienes sólo a mí entre tus temores!
Mis desmayos, mis dudas, mis dolores
son el defecto de tu gran diamante.
Pero en su noche, toda hundida en mármoles,
un pueblo en las raíces de los árboles
vaga hacia ti, despacio, vacilante.

Ya se han fundido en una ausencia espesa.
Bebió la arcilla roja de la huesa
la blanca especie. Y flores allí oscilan.
¿Y las frases queridas de los muertos?
¿Y el arte, el alma, personales, ciertos?
Donde lloros manaban, larvas hilan.

Chillidos de muchachas retozadas,
ojos, dientes, mejillas mal gozadas,
el seno audaz que juega con el fuego,
sangre en los labios que por fin se entregan,
últimos dones, dedos que aún los niegan:
¡Todo va bajo tierra y vuelve al juego!

¿Y tú, alma grande, un sueño acaso esperas
que ya no mienta tintas lisonjeras,
como ese oro, esas ondas en vaivén?
Disuelta ¿aún cantarías? ¡Bah! ¡Todo huye!
Mi presencia porosa se diluye
y la santa inquietud muere también.

Flaca inmortalidad, negra y dorada,
consoladora horrenda y laureada
que nos cambias la muerte en madre tierna.
Qué lindo embuste y qué piadosa traza.
¿Quién que ya los conozca, no rechaza
al cráneo huero y a su risa eterna?

Padres hondos, cabezas no habitadas,
bajo el peso de tantas paletadas,
tierra sois en que el paso se me pierde.
El gusano, tan cierto, que me roe,
a vosotros, durmientes, no os corroe.
¡Vive de vida y sin cejar me muerde!

¿Amor quizá o es odio de mí mismo?
Su oculto diente ahínca en tal abismo
que cualquier nombre le es indiferente.
Qué importa. Mira y quiere y sueña y toca
y le tienta mi carne y le provoca.
¡Viviendo estoy de ser de ese viviente!

¡Zenón, Zenón de Elea la nombrada!
¿Me has traspasado con tu flecha alada
que vibra y quieta está, vuela y no vuela?
¡Me engendra el son, me mata la saeta!
¡Oh Sol!... ¡Qué sombra de tortuga, meta
del alma. Aquiles que el correr congela!

¡No, No! ¡De pie! ¡A la era sucesiva!
¡Rompe, cuerpo, esta forma pensativa!
¡Bebe el nacer del viento que te sonda!
Esa frescura que la mar exhala
-¡la sal!- me vuelve el alma y me regala.
¡Corred! ¡Saltad! ¡A hundirnos en la onda!

¡Sí, delirante mar alborotada,
piel de pantera y clámide estofada
por mil soles que al sol heredan culto,
hidra absoluta, carne azul de ola
que te muerdes las chispas de tu cola
en un sordo y unánime tumulto!

¡Hay que vivir! ¡Ya se levanta el viento,
cierra, abre el libro, a ráfagas, violento!
¡Allá van olas, chocan, se deshacen!
¡Volad, páginas mías, deslumbradas!
¡Romped, olas del júbilo brotadas,
el techo liso en que los foques pacen!
Traducción de Gerardo Diego

4 comentarios:

carlos perrotti dijo...

Por supuesto que para leer un poema de este nivel hay que tener un nivel que yo no tengo... Sólo puedo decir que estoy extasiado por la intrincada paradoja, por lo que inspira y sugiere: un instante es todo el tiempo como una gota el océano; vida y muerte no son extremos, sino una misma manifestación, una afuera y otra adentro, una a cada lado del espejo, si es que ambas categorías existen o alguna vez existieron, al adentro y al afuera me refiero; pasado, presente y futuro no indican ni antes y después sino un regreso constante; el universo todo es apenas un versión no definitiva de lo apenas conocido; un recuerdo es un olvido perdonado y un olvido un recuerdo condenado; la eternidad prueba que el ayer regresa eterno como es... No sé.

carlos perrotti dijo...

Imagino que la perfección de la traducción estimula todavía más el éxtasis experimentado.

"tiene alma hueca de un son siempre futuro..."

"en ti yo soy el devenir secreto..." En fin. Extasiado


Juan Nadie dijo...

Si tú dices que no tienes nivel para leer este poema, me temo que yo tengo un subnivel.
De todas formas, se entienda mucho o poco, este poema es de los más fascinantes que uno puede leer.
Ayuda muchísimo la traducción del gran Gerardo Diego, que alguna vez habrá que hacerle toda la justicia que se merece, porque aunque ha quedado como uno de los grandes de la Generación del 27, creo que no se le valora lo suficiente. He dicho "traducción", pero más bien es recreación. Maravillosa recreación.

Feliz año, por cierto.

carlos perrotti dijo...

Muy Feliz Año, amigo, y muchas gracias siempre...